🔥 L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry : un concert-événement rare et saisissant 🔥
Une œuvre monumentale, une expérience sonore unique, une plongée dans l’univers visionnaire de Pierre Henry.
Un chef-d’œuvre acousmatique à vivre en direct
Imaginez un texte biblique, l’Apocalypse de Jean, transformé en une symphonie électronique où chaque mot, chaque souffle, chaque cri devient une vague sonore. Imaginez une voix, celle de l’acteur Jean Négroni, déchirée, multipliée, métamorphosée en instrument à part entière, portée par des nappes sonores à la fois sublimes et terrifiantes. Imaginez enfin un dispositif scénique où cinquante haut-parleurs dispersés dans l’espace vous enveloppent, vous transportent, vous submergent.
C’est L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry, une œuvre culte, rare et toujours aussi bouleversante, que le festival les in:entendu·es a l’honneur de vous proposer en ouverture exceptionnelle de sa programmation 2026.
Pierre Henry, le visionnaire du son
Né en 1927, Pierre Henry est l’un des pères fondateurs de la musique concrète et de l’électroacoustique. Avec Pierre Schaeffer, il a révolutionné l’art sonore en inventant des techniques qui sont aujourd’hui des standards : échantillonnage, filtrage, montage en boucles, distorsion… Mais au-delà de la technique, c’est son génie poétique qui marque les esprits. L’Apocalypse de Jean, composée en 1968, est l’une de ses œuvres les plus ambitieuses et les plus jouées.
Ici, pas de musique d’illustration, mais une réinterprétation totale du texte biblique. Henry ne se contente pas de le mettre en son : il en réinvente la substance, transformant chaque verset en une expérience sensorielle. La voix de Jean Négroni – déjà mythique pour les amateurs de La Jetée de Chris Marker – est tordue, étirée, fragmentée, tantôt hurlante, tantôt murmurée, comme si elle émanait d’un monde parallèle. Les sons électroniques, aigus, perçants, organiques, créent un univers à la fois cosmique et intime, où l’on croise les quatre cavaliers de l’Apocalypse, Babylone la Grande, les sept trompettes des anges…
Comme l’écrit Michel Chion :
« Pierre Henry a construit un univers d’une ampleur cosmique, où l’archaïque et le mythique côtoient le familier, et qui chante les émerveillements, les espoirs et les hantises de notre époque. »

Une œuvre en cinq temps, une ascension vers l’inconnu
L’Apocalypse de Jean est structurée en cinq mouvements, chacun correspondant à une vision du texte sacré :
- La lumière des sept chandeliers d’or – Une ouverture mystérieuse et sereine, où des trilles électroniques évoquent une nature calme, presque sacrée.
- Les forces de la mort et de l’enfer – Les quatre cavaliers déferlent, leurs sabots résonnant dans l’espace, tandis que des nappes sonores sombres annoncent le chaos.
- Les sept sceaux et les trompettes – Les cataclysmes se déchaînent : craquements, grincements, cris déformés… L’univers tremble.
- Babylone la Grande – Une prostitution sonore, où la voix de Négroni se fait théâtrale, grotesque, monstrueuse, comme si la bête à sept têtes parlait elle-même.
- Les sept coupes de la colère – Le climax, une vague de sons apocalyptiques qui submerge l’auditeur avant un retour à une paix fragile et énigmatique.
Chaque section est une plongée dans l’inconnu, où le texte et le son s’entremêlent pour créer des images mentales d’une puissance rare. Comme le souligne Frédéric Norac :
« On a plutôt envie de parler de poème sonore tant ici le texte dit par Jean Négroni joue à parts égales et sous-tend la création sonore qui le commente, l’illustre, le contrepointe et parfois l’englobe, diffracté en éclats. »
Un dispositif immersif : l’orchestre de haut-parleurs
L’Apocalypse de Jean n’est pas une œuvre à écouter passivement. C’est une expérience physique. Pour la restituer, Pierre Henry avait conçu un système de diffusion spatialisé : des dizaines de haut-parleurs disposés dans la salle, pilotés par une console à vingt pistes. Le son tournoie, enveloppe, frappe l’auditeur de toutes parts.
Dans la Collégiale de Bueil-en-Touraine, la Chapelle deviendra le théâtre de cette cérémonie sonore. Les spectateurs seront plongés au cœur de l’œuvre, comme si ils marchaient dans les visions de Jean de Patmos. Les candélabres et le grand chandelier à sept branches (référence directe au texte biblique) éclaireront la scène, renforçant l’aspect rituel et sacré de l’événement.
Comme l’écrit Mireille Davidovici :
« Le dispositif de la recréation, piloté depuis une console au pied de la scène, évoque une sorte de chœur d’église où l’orchestre de haut-parleurs, éclairé par des candélabres, concentre l’attention de l’auditeur et l’emmène dans un voyage halluciné au pays de l’inconcevable. »
Pourquoi cet événement est-il si rare ?
L’Apocalypse de Jean est une œuvre exigeante. Elle nécessite :
- Un matériel audio complexe (la console originale de Henry, des haut-parleurs de qualité, une acoustique adaptée).
- Des techniciens spécialisés capables de restituer fidèlement les nuances du mixage.
- Un lieu adapté à son déploiement spatial.
Depuis la disparition de Pierre Henry en 2017, ses œuvres sont menacées de disparition. Heureusement, des disciples comme Nicolas Vérin (qui a assuré la création américaine de l’œuvre en 1983) et des associations comme Son/Ré œuvrent pour perpétuer son héritage. La Philharmonie de Paris a même prévu d’aménager un studio dédié à son matériel.
Assister à L’Apocalypse de Jean en concert, c’est donc participer à la survie d’un patrimoine sonore unique. C’est aussi vivre une expérience que peu ont eue la chance de connaître.
Pour qui ? Pour tous celles et ceux qui osent l’aventure sonore
L’Apocalypse de Jean n’est pas réservée aux spécialistes de la musique contemporaine. C’est une œuvre qui parle à l’imaginaire de chacun. Que vous soyez amateur de sons expérimentaux, de poésie, de théâtre ou simplement curieux, ce concert est fait pour vous.
Comme le dit un critique anonyme (mais inspirant) :
« Après une heure quarante de cette chose unique, on est marqué à vie, et nous ne pourrons plus percevoir la dimension son de la même façon. »
« Heureux celui qui lit, heureux ceux qui entendent, car proche est le temps. » (Apocalypse de Jean, traduction Georges Lévitte)
Ne manquez pas ce rendez-vous avec l’histoire de la musique électroacoustique. Une œuvre qui, 50 ans après sa création, n’a rien perdu de sa puissance

